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Ceci n’est pas un MacGuffin… Quoique.

Laurence Mijoin-Duroche

Il y a 1 mois

Learning Innovation

 

Qu’ont en commun des films comme Pulp Fiction, Les 39 Marches ou Casablanca ? Tous trois sont de parfaits exemples de scénarios construits autour d’un MacGuffin. Pas question ici du nouveau sandwich matinal d’une célèbre chaîne de fast foods ou du nom d’un clan écossais producteur de whisky tourbé. Le nom de MacGuffin, d’ailleurs, ne signifie… rien. Mais son importance au cinéma, et dans les arts narratifs en général, est capitale. Là, maintenant, tout de suite – si on a bien fait notre job –, vous devez trépigner d’impatience de savoir ce qu’est un MacGuffin. Heureuse coïncidence, l’une des fonctions du MacGuffin est justement d’éveiller l’attention des spectateurs. Sans plus attendre, levons le voile…

« Deux voyageurs se trouvent dans un train allant de Londres à Édimbourg. L’un dit à l’autre : « Excusez-moi, monsieur, mais qu’est-ce que ce paquet à l’aspect bizarre que vous avez placé dans le filet au-dessus de votre tête ? — Ah ça, c’est un MacGuffin. — Qu’est-ce que c’est un MacGuffin ? — Eh bien, c’est un appareil pour attraper les lions dans les montagnes d’Écosse — Mais il n’y a pas de lions dans les montagnes d’Écosse. — Dans ce cas, ce n’est pas un MacGuffin ». » 

Alfred Hitchcock

Le MacGuffin est un concept scénaristique très simple, défini par Alfred Hitchcock lors d’une conférence donnée à l’université Columbia en 1939 : il s’agit d’un objet – matériel ou immatériel – prétexte au développement d’une histoire. Convoité par un ou plusieurs protagonistes, il n’a, en réalité, que peu d’intérêt pour le spectateur, à part celui d’attiser sa curiosité. Sa véritable nature, lorsqu’il s’agit d’un contenant mystérieux comme l’attaché-case de Pulp Fiction, ne sera d’ailleurs parfois jamais révélée – chacun peut y voir ce qu’il désire. Seules comptent la quête des personnages et leurs péripéties. En tout cas, tel est le MacGuffin vu par Hitchcock : clé de voûte de nombreux thrillers, films d’espionnage et d’aventure, le MacGuffin, qu’il soit diamant, formule secrète, statuette ou secret militaire, doit savoir se faire oublier une fois l’enjeu mis en place. Tout au plus sa nature peut-elle renforcer l’aura de mystère de l’histoire, mais c’est tout.

Depuis l’apport lexical du Maître du suspense, la définition du MacGuffin a évolué au fil des largesses des cinéastes, auteurs et critiques, si bien qu’aujourd’hui, tout objet – ou même personne – servant à amorcer un récit peut prétendre au titre de MacGuffin. Ainsi, les artéfacts des films Indiana Jones, le mot Rosebud de Citizen Kane ou encore le colonel Kurtz d’Apocalypse Now seraient, selon les théories, des MacGuffin. Or, ces objets, concepts ou personnages, s’ils servent bel et bien de rampe de lancement au récit, se distinguent du concept défini par Hitchcock en ce qu’ils sont capitaux pour l’histoire et sa résolution. Rien de bien différent, en fin de compte, du concept très classique de quête, indispensable au récit jusqu’à la dernière minute du film.

Or l’intérêt du MacGuffin réside justement dans sa fonction de prétexte : capital dans la forme, mais pas important dans le fond. En effet, ce procédé narratif se révèle d’une grande utilité pour la construction des « Cours dont vous êtes le héros » (modules pédagogiques et narratifs dont l’histoire, comme dans un « Livre dont vous êtes le héros », se ramifie en plusieurs chemins). Ces formats pédagogiques permettent à l’apprenant de se mettre dans la peau d’un personnage en opérant des choix qui vont le conduire sur différents chemins – idéal pour placer les utilisateurs dans des situations concrètes et tester leur capacité à agir.

Comme au cinéma, tous les « Cours dont vous êtes le héros » n’ont pas un besoin impérieux de MacGuffin. Certaines histoires fonctionnent sans « truc » scénaristique : contrer une cyberattaque, effectuer les gestes des premiers secours… D’autres, en revanche, nécessitent un coup de pouce narratif pour prendre corps. En somme, le MacGuffin sert ici à composer la toile de fond afin de rendre le récit plus vivant, plus immersif, plus ludique.

Chez Coorpacademy, nous avons eu recours à cet outil pour l’élaboration d’un « Cours dont vous êtes le héros » sur le Design Thinking, créé en partenariat avec Fabernovel Institute. L’objectif était de tester la capacité de l’apprenant à restituer les méthodes du Design Thinking, après avoir suivi un cours dédié à ce sujet. Mais pour cela, il fallait un prétexte, un produit ou un service à revisiter, pour appliquer les préceptes du Design Thinking en se mettant dans la peau des utilisateurs. Nous avons opté pour le parapluie – objet ô combien utile mais probablement perfectible. Voilà un parfait MacGuffin : prétexte à notre histoire, interchangeable (les méthodes du Design Thinking sont toujours les mêmes, seul le cadre change) et que l’on oublie très vite au profit des péripéties de l’apprentissage.

Le MacGuffin est donc au centre de nos réflexions, dès les premières phases de la conception d’un « Cours dont vous êtes le héros ». Et, à chaque nouveau projet, nous récoltons des preuves empiriques nous permettant d’en affiner le concept afin de mieux l’appliquer à l’apprentissage. Nous savons aujourd’hui qu’un bon MacGuffin doit satisfaire à cinq critères : celui-ci doit être palpable, universel, discret (il ne doit pas monopoliser l’attention, « rester à sa place » de prétexte), non technique et quotidien. En effet, choisir un objet connu de tous, facile à appréhender, permet de traiter toutes sortes de sujets, simples ou complexes, en les ancrant dans la réalité.

Et vous, si vous aviez une histoire à raconter, un « Cours dont vous êtes le héros » à créer, quel serait votre MacGuffin ?


Laurence est Learning Engagement Manager chez Coorpacademy. Elle a rejoint l’aventure Coorpacademy il y a plus de 5 ans, et est maintenant responsable de l’innovation pédagogique pour les formats que Coorpacademy propose. Ce qu’elle aime le plus dans son métier, c’est la possibilité de faire preuve de créativité pour innover et toujours proposer des formats d’apprentissage engageants. Pour 2020, l’objectif de Coorpacademy est de proposer de nouvelles formes d’apprentissage mêlant divertissement et pédagogie, à armes égales. Après avoir dit ça, découvrez dans cet article les « Cours dont vous êtes le héros ». Pour en savoir plus sur Laurence, c’est ici !

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